Article du 24 avril 2026. Il remplace une page de 2013 dont plusieurs recommandations sont devenues obsolètes — en particulier la restriction calcique, aujourd’hui clairement déconseillée. Pour les aspects cliniques (bilan métabolique, prophylaxie spécifique par type de calcul), voir la page de référence : Lithiase urinaire — bilan et prévention. Sources principales : EAU Guidelines on Urolithiasis 2026, Borghi et coll. (NEJM 2002), travaux de cohorte de Ferraro, Curhan et Taylor.
La récidive d’un calcul rénal n’a rien d’inéluctable. Les mesures diététiques réduisent très nettement ce risque — à condition qu’elles soient adaptées au type de calcul et tenues dans la durée. L’essentiel tient en quelques principes simples, souvent mal connus, parfois contre-intuitifs.
L’hydratation d’abord
C’est la mesure la plus efficace, toutes compositions de calculs confondues.
- Objectif : au moins 2 à 2,5 L d’urines par 24 h, soit en pratique 2 L de boissons en hiver et 3 L en été, ou en cas d’activité physique.
- Réparties sur la journée ET la nuit. Un verre au coucher, un autre si vous vous réveillez la nuit — c’est précisément pendant ces heures que les urines sont les plus concentrées.
- Repère visuel simple : vos urines doivent rester claires en permanence. Des urines foncées = pas assez bu.
- Quelle boisson ? L’eau du robinet suffit. En Suisse, sa qualité est excellente et sa teneur en calcium n’est pas un problème (voir plus bas). Thé léger, tisanes, café modéré, bouillons : tout compte dans le volume.
- Boissons à limiter : sodas sucrés, boissons énergétiques, thé très fort, alcool, bière — qui tous favorisent la lithiase par différents mécanismes (fructose, oxalate, déshydratation relative).
- En cas de calcul d’acide urique, une eau bicarbonatée (Vichy, St-Yorre, ou en Suisse Arkina®, Eptinger®) peut contribuer à alcaliniser les urines.
Le calcium : ne pas le restreindre
C’est la correction la plus importante depuis l’ancienne version de cette page.
On a longtemps cru qu’il fallait limiter le calcium pour prévenir les calculs calciques. C’est faux — et même contre-productif. L’étude de Borghi (NEJM 2002) l’a démontré : un régime normocalcique avec calcium pris aux repas réduit la récidive de moitié par rapport à un régime restreint en calcium.
Pourquoi ? Parce que le calcium alimentaire se lie à l’oxalate dans l’intestin et empêche son absorption. Moins de calcium à table = plus d’oxalate dans les urines = plus de calculs.
En pratique :
- 1 000 à 1 200 mg de calcium par jour, soit 2 à 3 portions de produits laitiers (yaourt, fromage, lait) ou équivalents végétaux enrichis.
- De préférence aux repas, surtout au repas qui contient des aliments riches en oxalate.
- L’eau du robinet en Suisse apporte typiquement 50 à 150 mg de calcium par litre selon la région — une contribution utile et non un problème.
- Pas de suppléments de calcium en dehors d’une indication formelle (ostéoporose avérée après avis médical). Les comprimés de calcium pris entre les repas augmentent en revanche le risque lithiasique.
Le sel : l’ennemi discret
L’excès de sel augmente l’élimination urinaire de calcium — même à apport calcique normal.
- Objectif : moins de 6 g de sel par jour (environ 100 mmol de sodium).
- Le sel caché compte beaucoup plus que la salière : charcuterie, fromages affinés, pain, plats préparés, conserves, sauces, bouillons cubes, pizzas, biscuits apéritifs. C’est là qu’il faut agir en priorité.
- Lire les étiquettes : viser les produits à moins de 0,3 g de sodium / 100 g.
- Cuisiner soi-même, assaisonner avec herbes, épices, agrumes, vinaigre.
Les protéines animales : modérées
Un excès de viande, poisson, charcuterie ou œufs acidifie les urines, augmente la calciurie et l’uraturie, et diminue la citraturie (le citrate est un inhibiteur naturel de la formation des calculs).
- Viser 0,8 à 1 g/kg/jour, soit environ une portion de 120 à 150 g par jour pour un adulte moyen.
- Un seul repas carné par jour suffit dans la plupart des cas.
- Les protéines végétales (légumineuses, tofu, seitan) n’ont pas cet effet acidifiant — elles sont à privilégier.
- La charcuterie cumule sel + protéines animales + purines : à limiter franchement.
L’oxalate : modération ciblée
L’oxalate urinaire provient pour un tiers seulement de l’alimentation — le reste est produit par le foie. Les régimes strictement pauvres en oxalate sont inutilement contraignants.
Aliments riches en oxalate à consommer avec modération (pas à bannir) : chocolat et cacao, épinards, blettes, oseille, rhubarbe, betterave rouge, thé noir, fruits à coque (amandes, noisettes, cacahuètes), figues, persil, lentilles.
L’astuce qui change tout : consommer ces aliments avec une source de calcium (fromage, yaourt, lait), ce qui neutralise en partie l’oxalate dans l’intestin.
Les suppléments de vitamine C à forte dose (> 500 mg/j) sont formellement déconseillés : ils augmentent l’oxalurie et le risque de récidive.
L’acide urique et les purines
Pour les calculs d’acide urique — souvent associés à un syndrome métabolique ou à une obésité — les leviers sont :
- Alcaliniser les urines : fruits, légumes, eaux bicarbonatées ; objectif de pH urinaire autour de 6,5.
- Limiter les purines : charcuterie, abats (ris, rognons, foie, cervelle), gibier, certains poissons gras (anchois, sardines à l’huile, hareng), fruits de mer.
- Perdre du poids si surpoids, traiter un diabète de type 2, réduire l’alcool (surtout la bière).
Fruits, légumes et régime DASH
Plus que toute autre recommandation, augmenter fruits et légumes améliore le profil urinaire :
- apport naturel en citrate et potassium (inhibiteurs de la cristallisation)
- alcalinisation modérée des urines
- réduction du risque lithiasique confirmée dans plusieurs cohortes
Le régime DASH (riche en fruits, légumes, produits laitiers peu gras, céréales complètes, pauvre en sel et en viande rouge) et le régime méditerranéen sont aujourd’hui recommandés dans la prévention de la lithiase. Ils réduisent aussi le risque d’hypertension, de diabète et d’événements cardiovasculaires — trois affections étroitement liées à la maladie lithiasique.
Le sucre et le fructose
Le fructose — naturel ou ajouté — augmente l’uraturie et l’oxalurie.
- Sodas, jus de fruits industriels, sirops, bonbons, pâtisseries : à limiter nettement.
- Jus d’orange pressé : souvent présenté comme bénéfique (apport en citrate). Un verre occasionnel est raisonnable, mais pas deux verres par jour systématiquement comme on le recommandait autrefois — l’apport sucré annule une partie du bénéfice.
- Fruits entiers : pas de limitation, ils sont bénéfiques.
Poids et activité physique
- Maintenir un IMC < 25. L’obésité augmente le risque de lithiase, surtout uratique.
- Activité physique régulière : au moins 150 minutes d’activité modérée par semaine.
- Éviter les régimes hyperprotéinés type « cétogène strict » ou « Dukan » : ils acidifient les urines et aggravent le risque lithiasique.
En résumé — à retenir
- Boire pour uriner clair, 2 à 2,5 L par jour minimum, jour et nuit.
- Calcium alimentaire normal (1 000–1 200 mg/j), aux repas — ne pas restreindre.
- Moins de 6 g de sel par jour, traquer le sel caché.
- Une seule portion de viande ou poisson par jour (120–150 g).
- Modérer chocolat, épinards, rhubarbe, thé noir, fruits à coque — sans les bannir.
- Beaucoup de fruits et légumes ; régime DASH ou méditerranéen.
- Limiter sodas, jus sucrés, pâtisseries.
- Pas de vitamine C en supplément.
- Maintenir un poids normal, bouger.
Ces règles sont simples, compatibles avec une vie sociale normale, et à tenir dans la durée. Elles réduisent fortement le risque de récidive — et, au passage, le risque d’hypertension, de diabète et d’infarctus.
Pour aller plus loin sur Nephro.blog
- Lithiase urinaire — bilan et prévention des récidives — page de référence pour les cliniciens
- Faut-il floziner les lithiasiques ?
- Tout savoir sur l’oxalate dans la maladie lithiasique
- Calcul rénal d’oxalate de calcium
- Anomalies biologiques retrouvées lors d’un bilan de lithiase urinaire
- Il était une fois la maladie de la pierre
Références
- Borghi L, Schianchi T, Meschi T, et al. Comparison of two diets for the prevention of recurrent stones in idiopathic hypercalciuria. N Engl J Med 2002;346:77–84. doi:10.1056/NEJMoa010369
- Taylor EN, Fung TT, Curhan GC. DASH-style diet associates with reduced risk for kidney stones. J Am Soc Nephrol 2009;20:2253–2259. doi:10.1681/ASN.2009030276
- Ferraro PM, Bargagli M, Trinchieri A, Gambaro G. Risk of kidney stones: influence of dietary factors, dietary patterns, and vegetarian-vegan diets. Nutrients 2020;12:779. doi:10.3390/nu12030779
- Ferraro PM, Curhan GC, Gambaro G, Taylor EN. Total, dietary, and supplemental vitamin C intake and risk of incident kidney stones. Am J Kidney Dis 2016;67:400–407. doi:10.1053/j.ajkd.2015.09.005
- Skolarikos A, Somani B, Neisius A, et al. Metabolic Evaluation and Recurrence Prevention for Urinary Stone Patients: An EAU Guidelines Update. Eur Urol 2024;86:343–363. doi:10.1016/j.eururo.2024.07.006
- EAU Guidelines on Urolithiasis 2026. uroweb.org/guidelines/urolithiasis
Cet article a été rédigé avec la complicité de Claude (Anthropic), qui m’a aidé à synthétiser la littérature et à mettre le texte en forme. La sélection des sources, les angles cliniques et la responsabilité éditoriale restent les miens.

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