📎 Article publié initialement le 14 mars 2013, entièrement réactualisé en 2026.
Treize ans après la publication initiale de cet article, le constat reste le même : l’hémodialyse est l’un des traitements médicaux les plus consommateurs de ressources qui existent. Mais le contexte a changé. Le dérèglement climatique est devenu une menace sanitaire reconnue, le système de santé représente à lui seul environ 8 % des émissions nationales de gaz à effet de serre (GES), et la « néphrologie verte » est passée du stade de curiosité à celui d’objet de recommandations officielles.
Dialysis is the most water and power-hungry of any individual medical therapy.
Le bilan ci-dessous reprend les données de 2013, complétées par les chiffres et concepts apparus depuis.
Les chiffres en Suisse (actualisés)
- On compte aujourd’hui environ 4 500 patients dialysés en Suisse (vs ~3 200 en 2013), avec une augmentation de 3 à 4 % par an liée au vieillissement de la population et à l’allongement de la survie en dialyse.
- Le coût annuel par patient reste estimé à environ 100 000 CHF pour une hémodialyse en centre, et à environ 80 000 CHF pour la dialyse péritonéale. Le coût global pour le système de santé suisse approche désormais 400 millions de CHF par année.
- Une personne sur dix en Suisse souffre d’une maladie rénale chronique, dont les principales causes restent le diabète, l’hypertension artérielle et le vieillissement.
Énergie, eau, déchets : ce qu’on savait déjà
Les ordres de grandeur publiés en 2013 par Vuignier et coll. restent globalement valables :
| Énergie (kWh/patient/an) | Eau (L/patient/an) | Déchets (kg/patient/an) | |
|---|---|---|---|
| Hémodialyse en centre | ~400–500 | ~78 000 (78 m³) | ~600 |
| Dialyse péritonéale | ~290 | 2 900–7 300 | 220–600 |
Pour mémoire : la consommation d’eau journalière moyenne en Suisse est d’environ 160 litres par habitant — un patient hémodialysé en consomme l’équivalent en une seule séance.
La nouvelle métrique : l’empreinte carbone
C’est l’apport principal de la dernière décennie. Les bilans carbone (BEGES) menés dans plusieurs pays convergent vers un ordre de grandeur de 5 à 10 tonnes de CO₂-équivalent par patient hémodialysé et par année — environ 18 fois la moyenne d’un patient « tout-venant » des soins de santé. Quelques repères :
- SFNDT (étude française dans une vingtaine d’unités, 2024) : ~7,5 t CO₂e/patient/an en hémodialyse en centre.
- NHS britannique : 7,1 à 10,2 t CO₂e/patient/an.
- Dialyse péritonéale : 1,2 à 4,5 t CO₂e/patient/an, principalement liées à la fabrication, à l’emballage et au transport des poches de dialysat.
- Émission par séance d’hémodialyse : environ 25 à 65 kg CO₂e.
Point souvent contre-intuitif : dans plusieurs études, le transport des patients représente la part dominante de l’empreinte carbone de l’hémodialyse en centre (jusqu’à 60–75 % des émissions). C’est un argument de poids pour la dialyse à domicile et la télémédecine.
Le concept de « juste soin »
Le Shift Project a montré qu’agir uniquement sur l’énergie, le transport et les déchets ne suffira pas : la production, le transport, l’utilisation et la destruction des médicaments et dispositifs médicaux représentent à eux seuls environ 50 % des GES émis par le système de santé. D’où l’émergence du concept de juste soin — soigner mieux, plus sobrement, en évitant la surprescription et le matériel jetable inutile.
Pour la dialyse, cela se traduit par :
- la dialyse incrémentale (commencer à 2 séances/semaine quand la fonction rénale résiduelle le permet, plutôt que 3 d’emblée) ;
- la dialyse décrémentale en fin de vie ;
- la réévaluation régulière de la polypharmacie ;
- le choix raisonné entre HD en centre, HD à domicile et DP, en intégrant le critère environnemental aux critères médicaux et de qualité de vie.
Pistes pour une dialyse plus verte (actualisées)
Réduire la consommation d’eau
- Réutilisation de l’eau de rejet des osmoseurs (sanitaires, conciergerie, espaces verts) — applications déjà documentées en Australie, Italie et Royaume-Uni.
- Osmoseurs de dernière génération avec recirculation, divisant par 2 à 3 le volume rejeté.
- Filtres à sorbant (dialyse « sans eau ») : ~6 L par séance — encore peu déployés mais en évolution rapide (générateurs portables type Tablo).
Réduire la consommation d’électricité
- Désinfection des générateurs toutes les 48–72 h plutôt que quotidienne, lorsque le protocole le permet — gain énergétique substantiel sans perte de qualité microbiologique.
- Fonction autoflow du dialysat (ajustement automatique du débit selon le débit sanguin), qui réduit la consommation d’eau, de bicarbonate et d’énergie.
- Distribution centralisée d’acide concentré plutôt qu’en bidons individuels de 5 L — économies documentées de plusieurs tonnes de CO₂e par centre et par an (Murcutt et al., 2024).
- Éclairage LED, capteurs de présence, optimisation du chauffage/climatisation des salles de dialyse.
- Énergie solaire : projets pilotes désormais opérationnels en Australie, Inde et Afrique de l’Est.
Réduire les déchets
- Tri rigoureux : tous les déchets de dialyse ne sont pas des déchets infectieux. Une revue du tri permet typiquement de diviser par 2 à 3 le volume de déchets « DASRI » (à incinération haute température) en faveur de filières recyclables.
- Concentrés en bidons rigides réutilisables ou en système centralisé.
- Fournisseurs incités à proposer des emballages réduits, du PVC recyclable, voire des matériaux biosourcés pour les poches de DP.
Réduire le transport
- Promotion de la dialyse à domicile (HD à domicile, dialyse péritonéale).
- Téléconsultations pour les suivis néphrologiques de routine et la pré-dialyse.
- Centres de dialyse de proximité plutôt que centralisés, lorsque c’est compatible avec la qualité des soins.
Du local à l’international : les initiatives à suivre
- SFNDT — Guide des bonnes pratiques de la dialyse verte (2023), première recommandation francophone du genre, avec une liste d’actions concrètes par centre. 👉 https://www.sfndt.org/professionnels/nephrologie-verte
- ERA (European Renal Association) — version anglaise du guide SFNDT, disponible en libre accès.
- ISN (International Society of Nephrology) — Green Nephrology Initiative.
- Centre for Sustainable Healthcare (Oxford) — pionnier historique du Green Nephrology Programme britannique.
🇨🇭 Le document de référence suisse
La Société Suisse de Néphrologie (SSN-SGN) a publié en février 2025 ses Actions générales pour un avenir durable de la néphrologie — 13 actions concrètes à mettre en œuvre dans les unités de dialyse, organisées en deux blocs : démarche d’équipe et leviers techniques.
- Organisation (actions 1–3, 8–10) : équipe ou référent durabilité, recueil structuré des idées, examen médical indépendant des considérations écologiques, conditions de travail soutenables, leadership intégrant la durabilité, diffusion au-delà de l’unité.
- Leviers techniques (actions 4–7, 11–13) : tri et réduction des déchets, recyclage, consommation d’énergie, consommation d’eau, débit de dialysat ajusté au type de séance (HD vs HDF), activation des machines alignée sur l’arrivée du patient, optimisation des cycles thermiques via le facteur A0.
C’est, à ma connaissance, la première recommandation institutionnelle helvétique sur le sujet — un complément opérationnel précieux aux guides SFNDT et ERA cités plus haut.
À notre échelle
En attendant des consignes nationales, les gestes du quotidien continuent de compter : fermer les robinets, éteindre les lumières, trier les déchets, espacer les désinfections quand c’est validé, privilégier la dialyse à domicile chez les patients candidats, et — peut-être surtout — prévenir l’arrivée en dialyse par un dépistage précoce et une prise en charge optimale de la maladie rénale chronique. La dialyse la plus verte reste celle qu’on n’a pas eu à commencer.
Sources
- SFNDT, groupe Néphrologie verte. Guide des bonnes pratiques de la dialyse verte, 2023. PDF SFNDT
- SFNDT. Bilan d’activité du groupe Néphrologie verte 2024–2025.
- Vuignier Y, Pruijm M, Farrayah F, Burnier M. Dialyse et écologie : est-il possible de faire mieux à l’avenir. Rev Med Suisse 2013;9:468–472.
- Sehgal AR, Slutzman JE, Huml AM. Sources of variation in the carbon footprint of hemodialysis treatment. J Am Soc Nephrol 2022;33:1790–1795. doi:10.1681/ASN.2022010088
- Murcutt G, Hillson R, Goodlad C, Davenport A. Reducing the carbon footprint for a 30-bed haemodialysis unit by changing the delivery of acid concentrate. J Nephrol 2024;37:1949–1955. doi:10.1007/s40620-024-02073-9
- Connor A, Lillywhite R, Cooke MW. The carbon footprints of home and in-center maintenance hemodialysis in the United Kingdom. Hemodial Int 2011;15:39–51. doi:10.1111/j.1542-4758.2010.00523.x
- Lim AEK, Perkins A, Agar JWM. The carbon footprint of an Australian satellite haemodialysis unit. Aust Health Rev 2013;37:369–374. doi:10.1071/AH13022
- Canaud B, Gagel A, Peters A, et al. Does online high-volume hemodiafiltration offer greater efficiency and sustainability compared with high-flux hemodialysis? Clin Kidney J 2024;17:sfae147. doi:10.1093/ckj/sfae147
- Agar JWM, Perkins A, Tjipto A. Solar-assisted hemodialysis. Clin J Am Soc Nephrol 2012;7:310–314. doi:10.2215/CJN.09810911
- The Shift Project. Décarboner la santé pour soigner durablement, 2023.
Cette mise à jour a été préparée avec l’assistance d’une IA générative (Claude, Anthropic) pour la recherche bibliographique, la synthèse et la rédaction. Les contenus, choix éditoriaux et vérifications restent sous la responsabilité de l’auteur, conformément à la charte éthique du blog.








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