Article publié initialement le 19 décembre 2011, refondu en mai 2026 à la lumière du guideline KDIGO 2024 sur l’IRC, des publications récentes sur les acides aristolochiques, la carambole, le curcuma, le CBD et la levure de riz rouge, et pour répondre aux questions revenues régulièrement dans les commentaires depuis quinze ans.
Une croyance tenace veut qu’un produit « naturel » soit forcément sans danger. Pour le patient ayant une insuffisance rénale chronique (IRC) ou transplanté rénal, c’est rarement vrai. Le rein élimine la plupart des principes actifs et de leurs métabolites ; quand il ne le fait plus, certaines plantes accumulent leur toxicité, et chez le transplanté plusieurs interagissent avec les inhibiteurs de la calcineurine au point de menacer le greffon.
Le guideline KDIGO 2024 consacre désormais une figure entière (figure 45) aux plantes et compléments à risque néphrotoxique, organisés par continent d’origine, et inscrit la nephrotoxin stewardship parmi les piliers de la prise en charge de l’IRC [1]. Le message à retenir : recenser systématiquement la consommation de phytothérapie chez le patient rénal, au même titre que ses médicaments.
Usage culinaire ou supplément concentré : la distinction qui change tout
La question revient inlassablement dans les commentaires depuis 2011 : « Puis-je continuer à utiliser du gingembre, du curcuma, du paprika dans ma cuisine ? »
Oui. Une pincée d’épice dans une sauce, un morceau de gingembre frais râpé, du curcuma sur les légumes, des herbes aromatiques en assaisonnement : aucune raison de s’en priver. C’est même une excellente alternative au sel chez les patients dialysés.
Ce que cet article met en garde, ce sont les suppléments concentrés — gélules, extraits standardisés, tisanes très concentrées prises pendant des semaines, « cures » à visée thérapeutique. À ces doses, certains principes actifs accumulent une toxicité réelle ou interagissent avec les médicaments. Règle simple : se méfier de ce qui se vend en flacon, gélule ou ampoule à visée « santé », sans changer ses habitudes culinaires raisonnables.
Plantes franchement néphrotoxiques
Acides aristolochiques — la leçon belge
C’est l’addition la plus importante depuis 2011. Les acides aristolochiques (AA), présents dans plusieurs espèces du genre Aristolochia et Asarum utilisées en médecine traditionnelle chinoise et balkanique, sont à l’origine d’une néphropathie tubulo-interstitielle progressive avec atrophie tubulaire et fibrose interstitielle massive [2].
L’histoire est restée célèbre : à Bruxelles entre 1990 et 1992, plus de 100 femmes ayant pris une préparation amaigrissante où Stephania tetrandra avait été remplacée par Aristolochia fangchi ont développé une insuffisance rénale terminale, et environ la moitié d’entre elles un carcinome urothélial [3]. Le mécanisme cancérogène — formation d’adduits ADN-aristolactame — laisse une signature mutationnelle détectable des décennies après l’exposition.
L’AA est également la cause de la néphropathie endémique des Balkans (Croatie, Serbie, Bosnie, Roumanie, Bulgarie), où la contamination du blé par Aristolochia clematitis dans les champs paysans explique l’épidémie [4].
L’aristoloche est interdite en Suisse et dans l’Union européenne depuis 2001, mais reste accessible par internet et dans certaines préparations rapportées de voyage. À rechercher systématiquement à l’anamnèse devant une fibrose tubulo-interstitielle inexpliquée, surtout si histoire d’amaigrissement, d’arthralgies ou de remèdes traditionnels asiatiques.
Plantes laxatives anthraquinoniques en usage prolongé
Aloès (suc), bourdaine, cascara, séné, rhubarbe : prises en cure prolongée (>8 semaines), elles entraînent pertes hydro-électrolytiques (hypokaliémie) et mélanisme du côlon. L’hypokaliémie chronique aggrave une néphropathie sous-jacente. Usage occasionnel acceptable, usage chronique à proscrire.
Préparations chinoises ou ayurvédiques non identifiées
Le problème n’est pas tant la plante elle-même que la qualité du produit : substitution d’espèces (cf. l’histoire belge), contamination par métaux lourds (plomb, mercure, arsenic), adjonction de médicaments occidentaux non déclarés (corticoïdes, AINS, sildénafil). Plusieurs séries sur les médicaments ayurvédiques achetés en ligne ou rapportés de voyage ont montré jusqu’à 20 % des produits contaminés au plomb, au mercure ou à l’arsenic [5]. À déconseiller en bloc si l’origine et la composition ne sont pas certifiées.
Levure de riz rouge (Monascus purpureus) — illicite en Suisse
Issue de la fermentation du riz par Monascus purpureus, la levure de riz rouge contient des monacolines dont la monacoline K est chimiquement identique à la lovastatine. Effets indésirables prévisibles : rhabdomyolyse avec insuffisance rénale aiguë, hépatotoxicité, et néphrotoxicité directe par contamination possible à la citrinine, mycotoxine néphrotoxique produite par certaines souches.
L’EFSA confirme dans son actualisation de février 2025 que des effets graves surviennent dès 3 mg/jour de monacoline K, sans dose journalière sûre identifiable [6]. L’UE a limité depuis 2022 les compléments alimentaires à <3 mg/j avec étiquetage d’avertissement. Swissmedic et l’OSAV ont déclaré ces préparations illicites en Suisse dès 2014, position réaffirmée en janvier 2026 — ni denrée alimentaire, ni complément, ni médicament autorisé. Elles restent achetables en ligne ; à rechercher activement chez les patients dyslipidémiques en IRC tentés par une « alternative naturelle aux statines ». Les interactions sont celles de la lovastatine (CYP3A4 — donc pamplemousse, macrolides, ciclosporine post-greffe).
Aliments à proscrire en IRC avancée
Carambole (Averrhoa carambola) — risque vital méconnu
La carambole, ou « star fruit », est devenue le grand sujet absent de l’article de 2011. Le fruit contient deux toxiques : acide oxalique (néphrotoxique par dépôts tubulaires, capable de précipiter une IRA même sur rein sain à forte dose) et caramboxine, neurotoxine glutamatergique et inhibitrice GABA normalement éliminée par le rein [7].
Chez l’insuffisant rénal, un seul fruit ou un verre de jus suffisent à déclencher hoquet réfractaire, confusion, crises convulsives, état de mal et coma, avec une mortalité de 40 à 60 % dans les séries asiatiques [8]. À proscrire formellement dès le stade 3b de l’IRC, et chez tout patient dialysé. Même prudence pour la bilimbi (Averrhoa bilimbi), plante cousine présente en Asie du Sud-Est.
Curcuma à dose supplémentaire — l’autre nouveau venu
Le curcuma est aujourd’hui parmi les compléments les plus consommés. Il pose deux problèmes en IRC :
- Oxalose secondaire : les rhizomes sont très riches en oxalates solubles (~1970 mg/100 g). Des cas de néphropathie oxalique sont rapportés avec des cures prolongées de 2 g/jour ou plus, parfois sur terrain favorisant (bypass gastrique, diarrhée chronique, antibiothérapie) [9].
- Hépatotoxicité : le réseau américain DILIN a colligé plusieurs séries d’hépatite cholestatique sévère sur curcumine, parfois associée à la pipérine qui augmente l’absorption [10].
Usage culinaire : sans problème. Supplémentation chronique à dose pharmacologique : à déconseiller en IRC.
Plantes à utiliser avec prudence
Réglisse — pseudo-hyperaldostéronisme confirmé
L’acide glycyrrhizique inhibe la 11β-hydroxystéroïde déshydrogénase de type 2 et laisse le cortisol agir sur le récepteur minéralocorticoïde. Résultat : rétention sodée, hypokaliémie, hypertension artérielle, parfois rhabdomyolyse. Les seuils sont bas : ~100 mg/j d’acide glycyrrhizique pendant quelques semaines suffisent (équivalent ~50 g de réglisse). Concerne les pastilles, certaines boissons sans alcool, les tisanes ou les gélules « detox foie ». À éviter strictement si HTA ou IRC.
Plantes à effet diurétique et riches en potassium
Pissenlit, ortie, prêle, persil, queue de cerise : effet diurétique faible mais teneur potassique élevée. À doses culinaires raisonnables sans danger ; en tisane concentrée chronique chez un patient en IRC stade 4-5 ou dialysé, méfiance.
Plantes interférant avec l’hémostase
Ginkgo biloba, ail (extrait), ginseng, dong quai : effet antiagrégant ou anticoagulant additif. À prendre en compte avant biopsie rénale, pose de cathéter ou création de fistule artério-veineuse.
Plantes posant un problème spécifique chez le transplanté
Chez le transplanté rénal, la vigilance porte d’abord sur les interactions avec les inhibiteurs de la calcineurine (tacrolimus, ciclosporine), métabolisés par le CYP3A4/5.
Inducteurs du CYP3A4 — risque de rejet
Millepertuis (Hypericum perforatum) : induit massivement le CYP3A4 et la P-glycoprotéine. Diminution documentée de 50-60 % des taux de ciclosporine et de tacrolimus, avec plusieurs cas de rejet aigu rapportés [11]. L’EMA a émis une mise en garde formelle dès 2007. À proscrire absolument chez tout transplanté.
Inhibiteurs du CYP3A4 — risque de toxicité
Pamplemousse, pomelo, grenade, clémentine, gingembre concentré, curcuma concentré : inhibent le CYP3A4, augmentent les concentrations résiduelles de tacrolimus avec néphrotoxicité associée [12]. Le pamplemousse est l’inhibiteur le plus puissant et doit être strictement évité.
CBD (cannabidiol)
Inhibiteur du CYP3A4/5 désormais en vente libre : augmente les taux de tacrolimus d’un facteur 3 [13], confirmé en pharmacocinétique formelle en 2025 [14]. En Suisse, le CBD à <1 % de THC n’est pas un stupéfiant mais n’est pas autorisé comme denrée alimentaire ; il circule comme cosmétique ou « huile aromatique », seul l’Epidyolex® étant autorisé par Swissmedic en neuropédiatrie. À toujours signaler chez le transplanté.
Fleurs de Bach et mélanges « immunostimulants »
Composition incertaine (Bach, échinacée en cure prolongée, astragale, reishi, spiruline à forte dose, sureau). Au principe, un effet immunostimulant peut s’opposer à un immunosuppresseur. Données rares, principe de précaution.
Ce qui est raisonnablement sûr
Cuisine méditerranéenne, tisanes douces courantes (verveine, tilleul, menthe, mélisse, camomille, fenouil) en consommation modérée, épices à doses culinaires (curcuma, gingembre, paprika, cumin, coriandre) : pas d’inquiétude particulière chez la plupart des patients rénaux. Le contraste avec les supplémentations concentrées doit être bien expliqué au patient.
À rappeler également qu’une alimentation riche en fruits et légumes chez l’IRC stade 3 préserve mieux la fonction rénale que le bicarbonate oral en corrigeant l’acidose métabolique [15] — argument souvent oublié dans la conversation patient-soignant.
Contamination, qualité, traçabilité
Les compléments à base de plantes ne sont pas des médicaments. En Suisse, ils sont régulés comme compléments alimentaires par l’OSAV, sans les exigences de pureté, de stabilité et d’études cliniques imposées aux médicaments autorisés par Swissmedic. La contamination par métaux lourds reste documentée régulièrement dans les médicaments traditionnels asiatiques et ayurvédiques.
Conseil pratique : préférer les préparations enregistrées comme médicament autorisé (numéro Swissmedic), demander la composition exacte, éviter l’achat en ligne et les ramenés de voyage.
Questions revenues quinze ans dans les commentaires — réponses synthétiques
1. Puis-je continuer à cuisiner avec du gingembre, du curcuma, du paprika ?
Oui, sans réserve, à doses culinaires. La méfiance porte sur les gélules et extraits concentrés.
2. Existe-t-il des plantes recommandées pour soigner mon insuffisance rénale ?
Non. Aucune plante n’a démontré de bénéfice rénal dans des essais contrôlés. Ce qui marche pour ralentir l’IRC s’appelle bloqueur du système rénine-angiotensine, gliflozine, finerénone, GLP-1, et alimentation pauvre en sel et riche en végétaux.
3. Quelles tisanes sont permises en IRC ?
Verveine, tilleul, menthe, mélisse, camomille, fenouil, en consommation modérée : sans problème. À éviter : tisanes très concentrées de pissenlit, ortie ou prêle chez les stades avancés (charge en potassium), tisanes de réglisse, mélanges « detox » d’origine incertaine.
4. Je suis transplanté, que puis-je prendre ?
Règle simple : aucun complément ou phytothérapie sans en parler au néphrologue. Trois entités à proscrire absolument — millepertuis (rejet), pamplemousse (toxicité tacrolimus), acides aristolochiques (néphropathie). Plus récemment, CBD à toujours signaler.
5. Comment les plantes se contaminent-elles aux métaux lourds ?
Soit par les sols et engrais agricoles (accumulation passive), soit par ajout délibéré dans certaines préparations traditionnelles (médecine ayurvédique notamment, où certains métaux sont considérés comme thérapeutiques). Sans traçabilité, le risque est réel.
6. Existe-t-il un néphrologue compétent en phytothérapie ?
Rarement. La base HEDRINE (Université de Grenoble) reste la meilleure ressource francophone sur les interactions plantes-médicaments : https://hedrine.ulb.be.
Messages clés
- Naturel ≠ sans danger : la majorité des plantes n’ont jamais été étudiées chez le patient rénal.
- Différencier usage culinaire (sans problème) et supplémentation concentrée (risque réel).
- À interdire formellement : aristoloche, carambole, levure de riz rouge — et millepertuis chez tout transplanté.
- Chez le transplanté, ajouter pamplemousse, curcuma concentré et CBD à la liste de vigilance.
- Recenser systématiquement la phytothérapie à chaque consultation néphrologique, comme on recense les médicaments.
Pour aller plus loin : le guideline KDIGO 2024 sur l’IRC et la base HEDRINE pour les interactions plantes-médicaments.
Annexe — Tableau récapitulatif des plantes et compléments
Synthèse alphabétique des plantes et compléments cités dans l’article de 2011 et dans la refonte 2026, avec leur indication présumée et la mise en garde principale pour le patient rénal ou transplanté.
Statut :
- PROSCRIRE — risque sérieux documenté, à interdire formellement
- ÉVITER — à ne pas utiliser en IRC avancée, en transplantation, ou en cure prolongée
- PRUDENCE — usage occasionnel ou à dose culinaire acceptable, supplément concentré déconseillé
- OK — pas d’inquiétude particulière en usage culinaire ou modéré
| Plante / produit | Indication présumée | Mise en garde principale | Statut |
|---|---|---|---|
| Absinthe (Artemisia absinthium) | Vermifuge, digestif, fébrifuge | Thuyone neurotoxique, convulsions à dose élevée | ÉVITER |
| Acides aristolochiques (Aristolochia, Asarum) | Amaigrissement, MTC, traditions balkaniques | Néphropathie tubulo-interstitielle, carcinome urothélial ; interdits en Suisse/UE depuis 2001 | PROSCRIRE |
| Ail (Allium sativum) — extrait concentré | Cardiovasculaire, immunité | Antiagrégant additif | PRUDENCE |
| Aloès (Aloe vera/barbadensis) — suc | Laxatif, cicatrisant | Hypokaliémie, pertes hydro-électrolytiques en cure prolongée | ÉVITER (cure prolongée) |
| Artichaut (Cynara scolymus) — tisane | Cholérétique, digestif | Effet diurétique modéré, sans danger en tisane modérée | OK |
| Astragale (Astragalus membranaceus) | Immunostimulant (MTC) | Immunomodulation déconseillée chez le transplanté | ÉVITER (transplanté) |
| Baies de genévrier (Juniperus communis) | Diurétique, digestif | Néphrotoxicité des huiles essentielles à forte dose | ÉVITER (IRC) |
| Bilimbi (Averrhoa bilimbi) | Fruit d’Asie du Sud-Est | Comme la carambole : oxalate + caramboxine | PROSCRIRE (IRC) |
| Bourdaine (Frangula alnus) | Laxatif anthraquinonique | Hypokaliémie en cure prolongée, mélanisme colique | ÉVITER (cure prolongée) |
| Busserole (Arctostaphylos uva-ursi) | Antiseptique urinaire | Hydroquinone, hépatotoxicité à long terme | ÉVITER |
| Camomille (Matricaria chamomilla) — tisane | Calmant, digestif | Sans problème en consommation modérée | OK |
| Carambole (Averrhoa carambola) | Fruit tropical, traditions hypoglycémiantes | Hoquet, convulsions, état de mal, coma ; mortalité 40-60 % en IRC | PROSCRIRE (IRC ≥3b) |
| Cascara (Frangula purshiana) | Laxatif anthraquinonique | Idem bourdaine | ÉVITER (cure prolongée) |
| CBD (cannabidiol) | Anxiété, sommeil, douleur | Inhibe CYP3A4/5 → ↑ tacrolimus ×3 ; en Suisse non autorisé en denrée alimentaire | PROSCRIRE (transplanté) |
| Cerfeuil (Anthriscus cerefolium) | Diurétique léger, cuisine | Sans danger à dose culinaire | OK |
| Chardon à glu (Atractylis gummifera) | MTC, Maghreb | Hépato- et néphrotoxicité aiguë sévère, mortalité élevée | PROSCRIRE |
| Cirier (Morella/Myrica cerifera) | Astringent, antitussif | Tanins irritants ; données limitées | ÉVITER |
| Cohosh bleu (Caulophyllum thalictroides) | Tonique utérin, antispasmodique | Cardiotoxicité, interactions | ÉVITER |
| Colchique d’automne (Colchicum autumnale) | (source de la colchicine) | Marge thérapeutique étroite, métabolisme CYP3A4 ; usage médical strict | PROSCRIRE (auto-médication) |
| Curcuma (Curcuma longa) — culinaire | Cuisine, anti-inflammatoire | Sans problème à dose alimentaire | OK |
| Curcuma — supplément concentré | Articulations, cure anti-inflammatoire | Oxalose secondaire (~1970 mg/100 g d’oxalate), hépatotoxicité, inhibe CYP3A4 | ÉVITER (IRC, transplanté) |
| Desmodium (Desmodium adscendens) | Hépatoprotecteur | Données rénales limitées | PRUDENCE |
| Échinacée (Echinacea spp.) | Immunostimulant | Immunomodulation, cure prolongée déconseillée | ÉVITER (transplanté) |
| Fenouil (Foeniculum vulgare) — tisane | Digestif | Sans problème en tisane modérée | OK |
| Fleurs de Bach | Émotionnel | Composition incertaine ; déconseillé en transplantation | ÉVITER (transplanté) |
| Fragon (Ruscus aculeatus) | Insuffisance veineuse | Données rénales rares ; usage cutané sûr | PRUDENCE (oral) |
| Gingembre (Zingiber officinale) — culinaire | Cuisine, nausées | Sans problème à dose alimentaire | OK |
| Gingembre — supplément concentré | Cure anti-nausée, anti-inflammatoire | Inhibe CYP3A4, antiagrégant additif | PRUDENCE (transplanté, anticoagulé) |
| Ginkgo biloba | Mémoire, circulation | Effet antiagrégant (saignement avant biopsie/FAV) | PRUDENCE |
| Ginseng (Panax ginseng) | Tonique, immunité | HTA, interactions warfarine et digoxine | ÉVITER (HTA, IRC) |
| Grenade (Punica granatum) — jus | Antioxydant | Inhibe CYP3A4 (interactions tacrolimus à forte dose) | PRUDENCE (transplanté) |
| Griffe de chat (Uncaria tomentosa) | Anti-inflammatoire, arthrose | Effet immunomodulateur ; données rénales limitées | ÉVITER (transplanté) |
| Herbes chinoises non identifiées (Chuifong tuokuwan, Tung shueh, Vandelia cordifolia, etc.) | MTC | Substitution d’espèces, contamination, médicaments occidentaux cachés | PROSCRIRE |
| Huiles essentielles | Aromathérapie | Application cutanée / inhalation : peu de risque ; ingestion à éviter | PRUDENCE (ingestion) |
| Levure de riz rouge (Monascus purpureus) | Hypocholestérolémiant | Monacoline K = lovastatine : rhabdomyolyse → IRA, citrinine néphrotoxique ; illicite en Suisse | PROSCRIRE |
| Luzerne (Medicago sativa) | Reminéralisant, lupus | Apport potassique, photosensibilisation, anti-vitamine K | PRUDENCE (IRC ≥4) |
| Marronnier d’Inde (Aesculus hippocastanum) | Insuffisance veineuse, hémorroïdes | Extraits non normés contiennent l’esculine néphrotoxique ; escine normée plus sûre | PRUDENCE |
| Maté (Ilex paraguariensis) | Stimulant, antioxydant | Caféine, oxalates, hépatocarcinogène à long terme | PRUDENCE |
| Mélisse (Melissa officinalis) — tisane | Calmant, digestif | Sans problème en tisane modérée | OK |
| Menthe (Mentha piperita) — tisane | Digestif | Sans problème en tisane modérée | OK |
| Millepertuis (Hypericum perforatum) | Dépression légère | Inducteur CYP3A4 et P-gp → rejet sous ciclosporine/tacrolimus | PROSCRIRE (transplanté) |
| Nigelle (Nigella sativa) | « Habba sawda », hypotenseur | Effet sur TA et glycémie ; données rénales rares | PRUDENCE |
| Noni (Morinda citrifolia) | Immunostimulant, anti-cancer | Riche en potassium, hépatites rapportées | ÉVITER (IRC, transplanté) |
| Ortie (Urtica dioica/urens) — tisane concentrée | Diurétique, anti-rhumatismal | Apport potassique élevé, antiagrégant | PRUDENCE (IRC ≥4) |
| Pamplemousse, pomelo (Citrus paradisi) | Fruit | Inhibe CYP3A4 → ↑ tacrolimus/ciclosporine (néphrotoxicité) | PROSCRIRE (transplanté) |
| Paprika / piment (Capsicum annuum) | Cuisine, douleur neuropathique (topique) | Sans problème en cuisine ; capsaïcine topique sûre | OK |
| Pervenche de Madagascar (Catharanthus roseus) | (source vinblastine/vincristine) | Médicament cytotoxique strict, jamais en auto-médication | PROSCRIRE (auto-médication) |
| Pissenlit (Taraxacum officinale) | Diurétique, dépuratif | Apport potassique en tisane concentrée | PRUDENCE (IRC ≥4) |
| Prêle des champs (Equisetum arvense) | Reminéralisant, diurétique | Silice ; apport potassique ; thiaminase | PRUDENCE (IRC ≥4) |
| Propolis | Antimicrobien, immunité | Allergies possibles, pas d’interaction majeure documentée | OK (sauf allergie) |
| Racine d’ache (Apium graveolens) | Diurétique, anti-rhumatismal | Apport potassique ; photosensibilisation | PRUDENCE |
| Réglisse (Glycyrrhiza glabra) | Digestif, gorge, énergétique | Pseudo-hyperaldostéronisme : HTA, hypokaliémie dès 100 mg/j d’acide glycyrrhizique | PROSCRIRE (HTA, IRC) |
| Reishi (Ganoderma lucidum) | Immunostimulant (MTC) | Effet immunomodulateur, antiagrégant | ÉVITER (transplanté) |
| Rhubarbe (Rheum palmatum, rhaponticum) — racine | Laxatif anthraquinonique | Idem séné ; limbes de feuilles toxiques (oxalates) | ÉVITER (cure prolongée) |
| Sassafras (Sassafras albidum) | Tonique général | Safrole hépatocarcinogène, interdit en usage alimentaire | PROSCRIRE |
| Séné (Senna alexandrina) | Laxatif anthraquinonique | Hypokaliémie en cure prolongée, mélanisme colique | ÉVITER (cure prolongée) |
| Spiruline (Arthrospira platensis) | Tonique, fer | Apport potassique modéré, contamination métaux lourds possible | PRUDENCE (dose élevée) |
| Tilleul (Tilia spp.) — tisane | Calmant, digestif | Sans problème en tisane modérée | OK |
| Tussilage (Tussilago farfara) | Anti-tussif, expectorant | Alcaloïdes pyrrolizidiniques hépatotoxiques | PROSCRIRE |
| Verveine (Verbena officinalis) — tisane | Calmant, digestif | Sans problème en tisane modérée | OK |
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Cet article a été rédigé avec la complicité de Claude (Anthropic), qui m’a aidé à synthétiser la littérature et à mettre le texte en forme. La sélection des sources, les angles cliniques et la responsabilité éditoriale restent les miens.








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