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Un tensiomètre non remboursé — et on s’étonne que l’HTA reste incontrôlée ?

Coup de gueule du 17 juin 2026. Sources principales : LiMA/OFSP, ESC 2024, données comparatives internationales.

Un patient hypertendu. Une prescription d’automesure tensionnelle, conforme aux recommandations. Un refus de remboursement : le tensiomètre ne figure pas sur la liste des moyens et appareils (LiMA).

Voilà qui mérite qu’on s’y arrête.

Ce que recommandent les guidelines

L’automesure tensionnelle (AMT) est un relevé de mesures répétées réalisées de façon standardisée, recommandée pour la confirmation du diagnostic d’HTA ainsi que pour le suivi de son contrôle. Ce n’est pas une option confort : il est démontré que l’automesure à domicile permet une meilleure prédiction du risque cardiovasculaire que la mesure au cabinet médical [1, 2].

Les recommandations ESC 2024 l’affirment sans ambiguïté : la mesure de pression artérielle doit être standardisée et s’appuyer sur des appareils électroniques validés [3]. L’automesure y est présentée comme un pilier du diagnostic et du suivi — pas comme un luxe.

La LiMA, ou l’art de l’angle mort

La Liste des moyens et appareils (LiMA, annexe 2 de l’OPAS) détermine ce que l’assurance obligatoire des soins rembourse en matière de dispositifs médicaux [4]. Le tensiomètre d’automesure n’y figure pas — même prescrit, même chez un hypertendu documenté, même en présence d’une néphropathie ou d’un diabète.

La logique implicite : l’appareil serait un « outil de prévention et de suivi », pas un dispositif à visée thérapeutique. C’est la même position qu’en France, où le tensiomètre ne figure pas dans la liste des produits et prestations remboursables, prescription ou non.

Et ailleurs ?

La Suisse n’est pas seule dans cette impasse — mais certains systèmes font mieux.

Aux États-Unis, Medicaid couvre les tensiomètres dans 41 États et Washington D.C., et plus de la moitié de ces États remboursent également le temps médical consacré à l’éducation du patient à l’utilisation de l’appareil [5]. Medicare traditionnel est plus restrictif, mais de nombreux plans Medicare Advantage intègrent cette couverture.

En France, malgré l’absence de remboursement, 50 % des patients hypertendus traités possèdent un appareil d’automesure à domicile selon l’enquête FLAHS 2020 — contre 36 % en 2010 [6]. Le coût (30 à 100 €) reste accessible pour qui peut se le permettre. Pas pour tout le monde.

Le paradoxe économique

Des données publiées dans Hypertension (AHA) montrent que pour chaque franc investi dans un kit de surveillance tensionnelle à domicile, le retour attendu pour l’assureur se situe entre 0,85 et 3,75 CHF la première année — et jusqu’à 7,50 à 19,34 CHF sur dix ans [7].

Refuser de rembourser 40 à 80 CHF pour un tensiomètre, c’est potentiellement financer bien davantage en hospitalisations pour AVC, insuffisance cardiaque ou progression de la néphropathie hypertensive.

Du point de vue néphrologique, c’est particulièrement absurde : nos patients MRC sont précisément ceux pour qui le contrôle tensionnel à domicile est le plus informatif — et ceux qui subiront le plus lourdement les conséquences d’une HTA insuffisamment contrôlée.

Suis-je le seul à m’insurger ?

Quand on interpelle l’OFSP, la réponse est simple : le tensiomètre ne figure pas sur la LiMA. Et on tourne en boucle.

En attendant, le constat reste le même : on demande aux patients de surveiller leur tension, les guidelines en font une obligation diagnostique et de suivi, les primes de l’AOS augmentent de 4,4 % en 2026 — et un tensiomètre à 50 CHF n’est pas remboursé.

Il y a quelque chose de fondamentalement incohérent là-dedans.

Pour aller plus loin

Références

  1. Stergiou GS et al. Home blood pressure monitoring methodology, clinical relevance and practical application: a 2021 position paper by the Working Group on Blood Pressure Monitoring of the European Society of Hypertension. J Hypertens 2021;39(9):1742–67. DOI
  2. Tucker KL et al. Self-monitoring of blood pressure in hypertension: a systematic review and individual patient data meta-analysis. PLoS Med 2017;14(9):e1002389. DOI
  3. McEvoy JW et al. 2024 ESC Guidelines for the management of elevated blood pressure and hypertension. Eur Heart J 2024;45(38):3912–4018. DOI
  4. Office fédéral de la santé publique. Liste des moyens et appareils (LiMA). Disponible sur : bag.admin.ch
  5. American Association of Retired Persons. Best Blood Pressure Monitors of 2026. aarp.org [consulté 2026]
  6. Fondation de recherche sur l’HTA (FRHTA) / Comité français de lutte contre l’HTA (CFLHTA). Enquête FLAHS 2020. Disponible sur : frhta.org
  7. Arrieta A et al. Home blood pressure monitoring as a screening strategy: a cost-effectiveness analysis. Hypertension 2014;64(2):206–12. DOI

Cet article a été rédigé avec la complicité de Claude (Anthropic), qui m’a aidé à synthétiser la littérature et à mettre le texte en forme. La sélection des sources, les angles cliniques et la responsabilité éditoriale restent les miens.

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