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Le blog d’un néphrologue

Pour les patients suivis pour une maladie rénale chronique (MRC) à qui un scanner avec injection est proposé.


Vous avez une maladie rénale chronique et votre médecin vous prescrit un scanner avec injection de produit de contraste. C’est une situation fréquente et légitime : le scanner injecté reste l’un des examens d’imagerie les plus utiles, et dans bien des cas il n’a pas d’équivalent. Voici, simplement, ce qu’il faut savoir.

Pourquoi votre médecin demande ce scanner

Le scanner « injecté » utilise un produit de contraste iodé, administré par une perfusion dans une veine du bras (ou parfois directement dans une artère, lors d’une coronarographie par exemple). Ce produit rend les vaisseaux et certains organes visibles de façon beaucoup plus précise — d’où l’intérêt diagnostique.

Refuser un scanner injecté nécessaire peut être plus risqué pour vous que le scanner lui-même. C’est l’un des messages-clés de la médecine moderne sur ce sujet.

Une vieille crainte, fortement révisée

Pendant près de vingt ans, on a redouté la « néphropathie au produit de contraste » : l’idée qu’une injection iodée puisse abîmer durablement les reins. Les études les plus récentes ont profondément nuancé cette crainte. Quand on compare des patients ayant reçu une injection iodée et des patients comparables qui n’en ont pas reçu, les variations de la fonction rénale dans les jours qui suivent sont, le plus souvent, semblables dans les deux groupes. Beaucoup de ce qu’on attribuait au produit de contraste relève en fait de fluctuations spontanées de la créatinine, ou des autres pathologies des patients (déshydratation, infection, médicaments, etc.).

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a aucun risque — il existe, surtout chez les patients dont la fonction rénale est très diminuée. Mais le risque a été largement surestimé, et ne doit pas vous empêcher de bénéficier d’un examen utile.

Suis-je à risque ?

Trois situations augmentent réellement le risque :

  • Une fonction rénale très diminuée (estimation du débit de filtration glomérulaire, ou DFGe, inférieure à 30 ml/min — votre néphrologue vous dira où vous vous situez) ;
  • Une insuffisance rénale aiguë en cours (par exemple lors d’une hospitalisation, d’une infection sévère, d’une déshydratation) ;
  • Une injection répétée d’iode sur quelques jours.

En dehors de ces situations, le risque est très faible, même si vous avez une MRC stable.

Le diabète, l’âge, l’hypertension, le fait d’avoir un seul rein : pris isolément, ce ne sont pas des facteurs de risque indépendants. Ils ne le deviennent que s’ils s’accompagnent d’une fonction rénale altérée.

Avant l’examen

Quelques précautions simples :

  • Buvez normalement dans les heures qui précèdent — pas besoin de boire en excès, mais ne venez pas déshydraté.
  • Signalez les médicaments que vous prenez, en particulier les anti-inflammatoires (ibuprofène, diclofénac, naproxène…). Ils ne sont pas amis du rein lors d’un examen avec contraste, et il est souvent recommandé de les arrêter quelques jours avant.
  • La metformine (un antidiabétique) doit parfois être interrompue, mais uniquement si votre fonction rénale est déjà très basse. Votre médecin vous le précisera.
  • N’arrêtez pas d’initiative vos autres traitements : les IEC/sartans (pour la tension) et les gliflozines/SGLT2 (Forxiga®, Jardiance®…) n’ont pas besoin d’être interrompus avant un scanner injecté, contrairement à ce qu’on a longtemps cru.
  • Si vous êtes considéré comme à risque, une perfusion de sérum physiologique vous sera proposée avant et après l’examen. Elle se fait sur quelques heures, en hôpital de jour ou avant le scanner. C’est aujourd’hui la seule mesure préventive qui a fait ses preuves.

Le jour J

L’examen lui-même est rapide et indolore. La piqûre dans le bras ressemble à une prise de sang. L’injection du produit de contraste provoque souvent une sensation de chaleur diffuse, parfois un goût métallique, et plus rarement une envie passagère d’uriner — ces sensations sont normales et disparaissent en quelques secondes.

Signalez immédiatement toute sensation inhabituelle (gêne respiratoire, démangeaisons, malaise) : ce sont des réactions allergiques, indépendantes du rein, mais qui se traitent rapidement.

Après l’examen

  • Buvez normalement dans les 24 à 48 heures qui suivent.
  • Reprenez vos traitements habituels selon les consignes données.
  • Une prise de sang de contrôle vous sera parfois demandée à 48–72 heures, surtout si votre fonction rénale est basse. En dehors de ces situations, ce contrôle systématique n’est pas nécessaire.

Et si je suis en dialyse ?

  • Si vous êtes en hémodialyse sans diurèse : un scanner injecté ne pose pas de problème particulier. Aucune séance supplémentaire n’est nécessaire, contrairement à ce qui se faisait il y a quelques années.
  • Si vous êtes en dialyse péritonéale ou avec une diurèse résiduelle : votre fonction rénale restante mérite d’être protégée. Une hydratation préventive sera souvent proposée. Parlez-en à votre néphrologue avant l’examen.

Quelques questions utiles à poser à votre médecin

  • « Cet examen est-il vraiment indispensable, ou existe-t-il une alternative sans injection (échographie, IRM, scanner non injecté) ? »
  • « Compte tenu de ma fonction rénale actuelle, faut-il que je vienne avec une perfusion préalable ? »
  • « Dois-je interrompre certains de mes médicaments avant l’examen ? »
  • « Faut-il prévoir un contrôle sanguin après le scanner ? »

Ces questions sont légitimes et vos médecins (néphrologue, radiologue, médecin traitant) sauront y répondre dans votre situation particulière.

Le mot de la fin

Avoir une maladie rénale ne doit pas vous priver d’un examen radiologique nécessaire. Le risque rénal du scanner injecté a été surestimé pendant longtemps, et les précautions modernes — une bonne hydratation, l’arrêt de quelques médicaments si besoin, le choix de la dose la plus faible possible — suffisent à le rendre sûr dans la grande majorité des cas.

Le bon réflexe n’est pas de refuser l’examen, mais d’en parler avec votre néphrologue pour le préparer dans les meilleures conditions.


Pour les soignants ou les lecteurs qui souhaitent aller plus loin, voir la page de référence du blog : Produits de contraste — mise à jour 2026.

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Je suis le Dr Vincent Bourquin, néphrologue blogueur.

Je partage depuis la Suisse des articles sur la néphrologie — étude des maladies des reins — à destination des professionnels de la santé, des patients et des curieux.

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