Histoire de la myélinolyse centro-pontique

Voici un article fascinant sur l’historique de la myélinolyse centro-pontique raconté par le Pr Michael Norenberg de l’institut de pathologie de Miami Central pontine myelinolyse: historical and mechanistic considerations.[1]

 Magnetic resonance imaging of the brain revealed central pontine myelinolysis with a well-defined lesion in the pons of low T1-signal intensity (Panel A, arrow) and high T2-signal intensity (Panel B, arrow). N Engl J Med 2008; 359: e29

La myélinose centro-pontique (MCP) est une atteinte non-inflammatoire, démyélinisante qui se traduit par la survenue d’un syndrome pseudo bulbaire (paralysie des muscles de la déglutition et de la phonation, de la langue et des lèvres) et d’une tétraplégie. Cette pathologie est iatrogène suite à la correction trop rapide d’une hyponatrémie et l’on commence à mieux en comprendre la physiopathologie. Voici en quelques dates le cheminement de la « découverte » de cette maladie:

En 1959, Adams et coll. décrivent la MCP comme une « nouvelle maladie ». Ils la mettent en évidence chez des patients alcooliques, chez des patients dénutrits et chez des patients avec des maladies chroniques.[2]

En 1963, Aleu et Terry notent que probablement c’est une maladie iatrogénique, car elle ne se développent que chez des patients hospitalisés.[3] Il devient alors évident, des différentes observations rapportées, que tous les patients qui présentent une MCP ont une maladie chronique pré-existantes telle qu’une cirrhose, un sepsis ou un cancer, par exemple.

En 1977, Burcar et coll. identifient 15 cas dont 12 souffrent d’hyponatrémie. En tout, 61% des cas de MCP sont associés avec une hyponatrémie.[4]

En 1979, Messert et coll. font l’observation importante que la MCP n’est apparue qu’après l’introduction de la possibilité de perfuser les patients dans les années 50 (« plastic revolution »).[5] La même année, Kevin Leslie, un interne en pathologie fait l’autopsie d’un cas de MCP chez un patient avec une jaunisse. Il remarque une décoloration verte du pons secondaire à une rupture de la barrière hémato-encéphalique avec dépôt de pigments biliaires. Une revue de la littérature confirme que cela se produit dans la plupart des cas de MCP. Enfin, Scott Venderberg en revoyant un cas de MCP évoque la possibilité d’un stress osmotique (« I wonder whether central pontine myelinolysis is due to osmotic stress? ») Cela met en lumière que c’est peut-être la vitesse de correction du sodium qui est en cause, plus que le sodium lui-même.

Entre 1980 et 1982, 15 cas de MCP avec hyponatrémie sont revus et l’on met en évidence que les 15 cas ont eu une augmentation de 20-30 mmol/l du sodium plasmatique en 6 jours en moyenne avant qu’une MCP se développe.[6][Des résultats similaires sont obtenus chez des rats rendus hyponatrémiques chez qui ont perfusent une solution de NaCl hypertonique rapidement.[7]

En 1984, on remarque que les patients avec une hyponatrémie installée depuis peu de temps (heures ou quelques jours) ne développent pas de MCP contrairement au patient avec une hyponatrémie « chronique ».[8]

On sait maintenant que suite à une hyponatrémie aiguë, les cellules cérébrales gonflent et s’adaptent en relâchant des électrolytes, principalement du sodium, du potassium et du chlore. Une correction rapide de l’hyponatrémie, généralement par du NaCl hypertonique, fait que le sodium et le chlore s’accumulent à nouveau rapidement et l’équilibre osmotique est restauré. En cas d’hyponatrémie chronique (une semaine ou plus), non seulement le sodium, le potassium et le chlore sont relâchés, mais la cellule relâche également des osmolytes organiques (« osmoles idiogéniques »: principalement myo-inositol, taurine, glutamine, glutamate, créatine, phosphocréatine et glycérophosphorylcholine). La cellule rétablit un équilibre osmotique, mais à un niveau osmotique plus bas.

En cas de correction rapide d’une hyponatrémie chronique avec du NaCl hypertonique, la cellule devient déshydratée. Les ions s’accumulent rapidement (en quelques minutes) suivi d’eau qui suit le gradient osmotique. Il faut par contre 5 jours ou plus  aux osmolytes organiques pour faire de même. Le pic de concentration initiale d’ions provoque un stress pour la cellule (« perturbing solutes ») et interfère avec le maintien de la structure et la fonction des protéines. Au contraire, les osmolytes organiques ont tendance à protéger ces protéines (« compatible solutes « ).[9] Un déficit en osmolytes organiques joue un rôle majeur dans l’atteinte de la MCP.

tiré de Hyponatremia N Engl J Med 2000; 342: 1581

La rupture de la barrière hémato-encéphalique contribue également au développement de la MCP avec une atteinte des cellules endothéliales qui vont relâcher des agents (neutral protease, plasminogen activator, cytokines) qui endommagent la myéline et/ou les oligodendrocytes.

La myélinolyse centro-pontique est une atteinte démyélinisante principalement du pons et survient la plupart du temps suite à la correction trop rapide d’une hyponatrémie chronique. Le stress osomotique crée par cette correction trop rapide provoque une atteinte endothéliale et une rupture de la barrière hémato-encéphalique avec relâchement de substance myélotoxique. Cette condition peut être évitée dans bien des cas, mais pas toujours!

Source

http://www.nephronpower.com/2012/01/history-lesson-story-behind-central.html

1. Norenberg MD: Central pontine myelinolysis: historical and mechanistic considerations. Metabolic brain disease 2010, 25:97–106.

2. Adams RD, Victor M, Mancall EL: Central pontine myelinolysis: a hitherto undescribed disease occurring in alcoholic and malnourished patients. AMA Arch Neurol Psychiatry 1959, 81:154–172.

3. Aleu FP, Terry RD: Central Pontine Myelinolysis. A report of two cases. Arch Pathol 1963, 76:140–146.

4. Burcar PJ, Norenberg MD, Yarnell PR: Hyponatremia and central pontine myelinolysis. Neurology 1977, 27:223–226.

5. Messert B, Orrison WW, Hawkins MJ, Quaglieri CE: Central pontine myelinolysis. Considerations on etiology, diagnosis, and treatment. Neurology 1979, 29:147–160.

6. Norenberg MD, Leslie KO, Robertson AS: Association between rise in serum sodium and central pontine myelinolysis. Ann. Neurol. 1982, 11:128–135.

7. Kleinschmidt-DeMasters BK, Norenberg MD: Rapid correction of hyponatremia causes demyelination: relation to central pontine myelinolysis. Science 1981, 211:1068–1070.

8. Norenberg MD, Papendick RE: Chronicity of hyponatremia as a factor in experimental myelinolysis. Ann. Neurol. 1984, 15:544–547.

9. Burg MB, Ferraris JD: Intracellular organic osmolytes: function and regulation. J Biol Chem 2008, 283:7309–7313.

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Catégories : Electrolytes, Néphrologie

Auteur :Dr Vincent Bourquin

Néphrologue blogueur

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